Ātma Bodha
de Śrī Ādi Śaṅkarācārya
Version française d’après la traduction anglaise d’Arthur Osborne
de la traduction tamoule de
Sri Ramana Maharshi
- Cet Ātma Bodha est destiné aux chercheurs de la Libération qui, par une longue discipline intérieure, ont purifié leur esprit, trouvé la paix et dépassé les désirs.
- Parmi tous les moyens menant à la Libération, seule la Connaissance est directe ; comme le feu pour la cuisson, elle est indispensable.
- L’action ne détruit pas l’ignorance, car elle ne lui est pas opposée ; seule la Connaissance la dissipe, comme la lumière dissipe les ténèbres.
- Sous l’effet de l’ignorance, le Soi semble voilé ; lorsque celle-ci disparaît, le Soi resplendit de lui-même, tel le soleil après les nuages.
- Le jīva est mêlé à l’ignorance ; par la pratique constante de la Connaissance il se purifie, puis ignorance et connaissance relative disparaissent ensemble.
- Le saṃsāra, fait d’attirances et de répulsions, paraît réel comme un rêve, mais s’évanouit lorsque survient l’Éveil.
- Tant que Brahman, l’Unique sans second, n’est pas reconnu, le monde paraît réel, comme l’argent illusoire aperçu dans la nacre.
- Tous les mondes surgissent du Suprême, demeurent en Lui et retournent en Lui, comme les bulles à la surface de l’océan.
- Dans l’Être-Conscience-Béatitude qui pénètre tout, les formes multiples apparaissent comme des ornements façonnés dans un même or.
- Comme l’espace paraît divisé par les formes sans jamais l’être réellement, le Soi unique semble se manifester sous d’innombrables apparences.
- Les distinctions de nom, de condition ou de caractère sont des surimpositions sur le Soi indivisible.
- Le corps grossier, composé des cinq éléments, sert de support à l’expérience du plaisir et de la douleur.
- Le corps subtil, constitué du mental, de l’intellect, des sens et des souffles vitaux, est également destiné à l’expérience.
- L’ignorance sans commencement est appelée corps causal ; sache que le Soi est distinct de ces trois enveloppes.
- Comme un cristal incolore semble prendre la couleur de ce qui l’entoure, le Soi paraît s’identifier aux cinq kośas.
- Comme le décorticage révèle le grain de riz, le discernement révèle le Soi au-delà des enveloppes.
- Bien que présent partout, le Soi se reflète clairement dans l’intellect purifié.
- Le Soi est le Témoin du corps, des sens, du mental et de l’intellect, tout en demeurant distinct d’eux.
- Comme la lune semble bouger avec les nuages, le Soi paraît agir lorsque les sens sont actifs.
- De même que les hommes agissent à la lumière du soleil sans que celui-ci participe à leurs actes, les organes fonctionnent à la lumière du Soi.
- Naissance, mort et changement appartiennent au corps ; ils sont faussement attribués au Soi.
- De même, le sentiment d’agir appartient au mental et non à l’Ātman.
- Les plaisirs et les peines apparaissent avec l’intellect et disparaissent dans le sommeil profond ; ils ne sont donc pas le Soi.
- Être-Conscience-Béatitude est la nature même du Soi.
- L’Être-Conscience appartient au Soi ; le sentiment du « je » appartient à l’intellect. L’ignorance les confond.
- Le Soi n’agit jamais ; l’intellect ne connaît pas par lui-même. Le jīva se croit à tort connaisseur et acteur.
- En se prenant pour le jīva, on connaît la peur ; en se reconnaissant comme le Soi suprême, toute peur disparaît.
- Le Soi illumine les sens et l’intellect, mais n’est illuminé par rien.
- Le Soi est auto-lumineux ; aucun autre moyen n’est nécessaire pour le connaître.
- Par le discernement du « ni ceci, ni cela » et grâce aux grandes déclarations des Upaniṣad, réalise l’identité du soi individuel et du Soi suprême.
- Le monde objectif naît de l’ignorance et est aussi éphémère qu’une bulle d’eau ; le Soi seul est Brahman.
- Étant distinct du corps, je ne suis ni né, ni vieux, ni sujet à la mort.
- Je ne suis ni le souffle vital ni le mental ; je suis l’Être pur.
- Je suis sans attribut, sans action, éternel, indivisible, immuable et libre.
- Comme l’espace, je pénètre tout, dedans et dehors, toujours égal et sans tache.
- Je suis Brahman : Être-Conscience-Béatitude, non-duel et éternel.
- La méditation constante sur « Je suis Brahman » dissout les tendances nées de l’ignorance.
- Établi dans le détachement et la maîtrise des sens, médite sur le Soi unique et infini.
- Résorbe tout objet dans le Soi et demeure dans la contemplation du Réel sans second.
- Ayant abandonné noms et formes, demeure comme pure Conscience-Béatitude.
- Lorsque sujet et objet disparaissent, le Soi brille par lui-même.
- Par la méditation constante, le feu de la Connaissance consume toute ignorance.
- Lorsque l’ignorance est détruite, le Soi se révèle comme le soleil à l’aube.
- Le Soi est toujours présent ; lorsqu’il est reconnu, il semble avoir été retrouvé, comme un collier déjà porté au cou.
- Comme un poteau est pris pour un homme dans l’obscurité, Brahman est pris pour un individu séparé.
- La connaissance du Réel détruit instantanément les notions de « moi » et de « mien ».
- Le Sage voit tout comme étant le Soi et rien d’autre que le Soi.
- Comme tous les pots ne sont que de l’argile, l’univers entier n’est rien d’autre que le Soi.
- Pour être libéré vivant, abandonne toute identification aux limitations et demeure comme Être-Conscience-Béatitude.
- Ayant traversé l’océan de l’illusion, le yogi trouve sa joie dans le Soi et demeure en paix.
- Le jīvanmukta ne cherche plus les plaisirs extérieurs ; il demeure stable dans sa propre nature.
- Comme l’espace demeure intact, le Sage reste inaffecté par les conditionnements.
- À la dissolution des limitations, le Sage se fond dans l’Être universel comme l’eau dans l’eau.
- Il n’existe aucun gain supérieur à cette réalisation, aucune joie supérieure à cette Béatitude.
- Ce qu’une fois connu rien ne reste à connaître, sache que c’est Brahman.
- Ce qui remplit tout, au-dessus, au-dessous et autour, est Brahman.
- Ce qui demeure comme Béatitude indivisible et immuable est Brahman.
- Tous les bonheurs des mondes ne sont qu’un reflet infime de la Béatitude du Soi.
- Comme le beurre est contenu dans le lait, l’univers tout entier repose en Brahman.
- Ce qui est au-delà du subtil et du grossier, du nom et de la forme, est Brahman.
- Par Sa lumière brillent le soleil et toutes les lumières ; cela est Brahman.
- Comme le feu imprègne le fer chauffé à blanc, Brahman pénètre et illumine l’univers.
- Rien n’existe en dehors de Brahman ; toute apparence de séparation est illusion.
- Tout ce qui est vu ou entendu n’est autre que Brahman.
- Seul l’œil de la sagesse perçoit l’Être-Conscience-Béatitude omniprésent.
- Purifié par l’écoute, la réflexion et la contemplation, le chercheur resplendit comme l’or débarrassé de ses impuretés.
- Lorsque se lève le soleil de la Connaissance, l’Ātman brille dans le Cœur et illumine tout.
- Celui qui se baigne dans les eaux toujours présentes du Soi demeure sans agir, connaît tout, pénètre tout et est immortel.

